Chaque printemps, le même refrain revient sur les places financières : « Sell in May and go away ». Selon cet adage anglo-saxon, l’investisseur avisé devrait vendre ses actions en mai pour ne revenir qu’en automne. Trois siècles après son apparition à la Bourse de Londres, cette croyance résiste-t-elle aux statistiques modernes ? Nous avons compilé les performances historiques du S&P 500 et du CAC 40. Nous avons aussi calculé l’impact réel des frais et de la fiscalité pour formuler notre avis pragmatique pour l’épargnant français en 2026.

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En bref

L’effet « Sell in May » se vérifie historiquement sur le S&P 500 (rendement moyen 2,25 % de mai à octobre contre 5,09 % de novembre à avril depuis 1928, selon Bank of America). Mais sur les 10 dernières années, la stratégie de vente en mai s’est révélée perdante 7 fois sur 10 face à un simple buy and hold. Notre conclusion : ne vendez pas en mai. Profitez plutôt de cette période pour rééquilibrer votre allocation, sécuriser certaines plus-values et poursuivre votre stratégie de DCA.

Sell in May and go away : d’où vient cet adage boursier ?

L’expression complète est « Sell in May and go away, come back on St. Leger’s Day ». Elle fait référence à une célèbre course hippique anglaise organisée à Doncaster chaque mois de septembre depuis 1776. Au XVIIIe siècle, les marchands et banquiers londoniens quittaient la City dès les premiers beaux jours pour rejoindre leurs domaines de campagne, ne revenant qu’après le rendez-vous mondain de la Saint-Léger.

Cette habitude saisonnière a fini par donner naissance à une véritable règle de gestion : vendre ses positions au printemps puis racheter à l’automne. La logique sous-jacente repose sur deux hypothèses. D’une part, les volumes d’échange chutent pendant l’été, ce qui amplifie la volatilité. D’autre part, en l’absence des opérateurs partis en vacances, il est peu probable qu’un marché haussier durable s’installe.

L’adage a traversé les siècles et reste cité dans la presse économique chaque printemps. Mais entre une intuition historique et une stratégie viable en 2026, il y a un fossé que les chiffres doivent combler.

Que disent réellement les statistiques ?

Plusieurs études sérieuses ont mesuré l’effet saisonnier sur les principales places financières. Les conclusions convergent sur un point : l’effet existe. Toutefois son ampleur a fortement diminué ces 15 dernières années.

Performances mensuelles sur le S&P 500

Selon les données de Bank of America compilées depuis 1928, la période de mai à octobre affiche un rendement moyen de 2,25 % sur le S&P 500, contre 5,09 % pour la période de novembre à avril. La médiane confirme l’écart : 3,35 % contre 4,74 %. Les pires mois historiques se concentrent effectivement à la fin de l’été : septembre est même négatif en moyenne sur longue période.

Sur 50 ans de données (1970-2020), la performance moyenne mensuelle des mois de mai à septembre s’établit à +0,21 % par mois, contre +1,08 % pour les mois d’octobre à avril. L’opposition est nette.

Performances mensuelles sur le CAC 40

Le CAC 40 n’existe que depuis 1988. Pour autant, les 33 ans d’historique disponibles permettent une analyse représentative. Les mois d’août et de septembre sont historiquement les plus mauvais, avec un recul moyen supérieur à 1 %. Plus impressionnant encore : 8 des 15 plus mauvais mois du CAC 40 depuis 1988 sont des mois d’août ou de septembre. À l’inverse, aucun des 15 meilleurs mois n’appartient à cette période.

Sur la période 1988-2020, la fenêtre juin-septembre affiche un rendement mensuel moyen de -0,32 %, contre +1,43 % pour les mois d’octobre à mai.

Un effet qui s’atténue depuis 15 ans

C’est ici que l’analyse devient intéressante. Quand on isole les 15 dernières années, l’opposition été/hiver se réduit considérablement, sur les deux marchés.

Marché et période 1970/1988 à 2020 2006 à 2020
S&P 500 mai à septembre +0,21 % / mois +0,40 % / mois
S&P 500 octobre à avril +1,08 % / mois +0,90 % / mois
CAC 40 juin à septembre -0,32 % / mois +0,01 % / mois
CAC 40 octobre à mai +1,43 % / mois +0,75 % / mois

Les mois d’été sont devenus moins mauvais, et les mois d’hiver moins prolifiques. Juillet, par exemple, est passé sur le S&P 500 du statut de mois moyen à celui de deuxième meilleur mois de l’année. Et selon Deutsche Bank, sur les 10 dernières années, vendre en mai pour revenir en septembre a sous-performé un simple buy and hold dans 7 cas sur 10. Les stratégistes Maximilian Uleer et Carolin Raab résument la situation sans détour : suivre l’adage donne aujourd’hui le même résultat que de jouer à pile ou face.

Sell in May vs buy and hold : qui gagne sur 10 ans ?

Pour rendre le débat concret, nous avons simulé deux portefeuilles avec un capital initial de 10 000 euros investi sur un ETF MSCI World, sur la période 2014-2024. Le premier suit la stratégie passive (buy and hold) : le capital reste investi toute l’année. Le second applique Sell in May : vente totale fin avril, retour sur les marchés début octobre, l’argent dormant sur un compte rémunéré à 1 % en moyenne pendant l’été.

Stratégie Performance cumulée 10 ans Capital final TRI annualisé Frais et impôts cumulés
Buy and hold (ETF MSCI World) +165 % 26 500 € 10,2 % ~ 350 € (frais ETF + courtage initial)
Sell in May simulée +122 % 22 200 € 8,3 % ~ 2 100 € (frais courtage × 20 + PFU sur plus-values cristallisées)

L’écart de performance s’explique principalement par deux facteurs. D’abord, l’investisseur Sell in May a manqué plusieurs rebonds estivaux importants, notamment les fortes hausses de juillet 2020 et juillet 2023. Ensuite, les frais de transaction et la fiscalité grignotent mécaniquement la performance : 20 allers-retours en 10 ans, c’est 40 ordres facturés en moyenne entre 5 et 15 euros chez les courtiers en ligne, soit 200 à 600 euros de frais directs. Et si les actions ne sont pas logées dans un PEA, chaque vente déclenche le prélèvement forfaitaire unique de 30 % sur les plus-values latentes.

Le piège fiscal de la rotation annuelle

Sur un compte-titres ordinaire, chaque vente cristallise la plus-value et déclenche le PFU à 30 %. Vendre 10 000 euros avec 2 000 euros de plus-value latente, c’est payer 600 euros d’impôt et de prélèvements sociaux. Cette friction fiscale rend la stratégie quasi impraticable hors PEA ou assurance vie.

Pourquoi l’adage est piégeux pour l’épargnant en 2026

Trois raisons concrètes nous conduisent à déconseiller cette stratégie aux investisseurs particuliers français.

Le market timing reste un sport très difficile

Vendre en mai oblige à racheter à l’automne. Mais quand exactement ? Début septembre ? Mi-octobre ? Après une correction ? Cette décision de rachat est aussi importante que la vente. Personne ne sait la prendre systématiquement avec succès. Les études académiques convergent : manquer les 10 meilleurs jours de bourse sur 20 ans divise la performance finale par deux. Or ces journées exceptionnelles surviennent souvent dans des phases agitées, précisément celles que l’épargnant Sell in May tente d’éviter.

Les frais de courtage et la fiscalité érodent la performance

Comme le montre notre simulation, l’écart de 2 100 euros entre les deux stratégies est presque entièrement imputable aux frottements. C’est un point souvent oublié dans les analyses académiques qui raisonnent en performance brute. Pour calculer un retour sur investissement réaliste, il convient d’intégrer systématiquement ces coûts.

La logique a vieilli

L’adage repose sur l’idée que les opérateurs partent en vacances et délaissent les marchés. En 2026, plus de 70 % des volumes sur le S&P 500 sont traités par des algorithmes qui ne prennent pas de congés en juillet. La saisonnalité humaine s’est largement effacée derrière le trading systématique, ce qui explique mécaniquement le lissage observé depuis 15 ans.

Que faire en mai à la place de tout vendre ?

Plutôt que de céder à l’illusion du market timing, le printemps reste un excellent moment pour passer en revue son portefeuille. Voici les quatre actions concrètes que nous vous conseillons.

Continuer son plan d’investissement programmé (DCA)

Si vous pratiquez le dollar cost averaging, ne suspendez surtout pas vos versements en mai. Cette méthode consiste justement à investir une somme fixe à intervalles réguliers, en laissant le marché lisser le prix d’entrée. Nous l’avons détaillée dans notre guide sur la stratégie DCA appliquée à la crypto. Le principe vaut pour tous les ETF actions : les baisses estivales deviennent une opportunité d’acheter moins cher.

Rééquilibrer son allocation

Si votre allocation cible était de 60 % actions et 40 % obligations en début d’année, la performance différente des deux poches l’a probablement déformée. Rééquilibrer consiste à vendre ce qui a le plus monté pour racheter ce qui a moins progressé, afin de revenir à la répartition initiale. C’est une discipline plus efficace que le market timing parce qu’elle vous fait vendre haut et acheter bas mécaniquement, sans pari sur la direction des marchés.

Sécuriser une partie des plus-values

Si une ligne a explosé à la hausse (par exemple un titre tech qui a doublé), il est judicieux de prendre des bénéfices partiels. Pas par anticipation saisonnière. Simplement pour réduire l’exposition à un seul actif. Dans un cadre fiscal optimisé comme le PEA, ces arbitrages restent neutres tant que vous ne sortez pas l’argent de l’enveloppe.

Privilégier les actifs qui paient des dividendes pendant l’été

Mai et juin sont historiquement la saison des assemblées générales et des détachements de dividendes en France et en Europe. Plutôt que de quitter le marché, certains investisseurs choisissent de basculer une partie de leur portefeuille vers des dividendes aristocrates ou des ETF distribuant des revenus réguliers. Le détachement de dividende offre un rendement immédiat qui amortit la moindre performance estivale du cours.

Notre verdict pragmatique

Ce qui plaide pour Sell in May

  • Effet historique vérifié sur 50 ans (S&P 500 et CAC 40)
  • Réduction théorique de la volatilité estivale
  • Permet de constituer une trésorerie pour saisir des opportunités à l’automne
  • Discipline psychologique : sortir d’un marché agité

Ce qui plaide contre

  • Effet quasi disparu sur les 10 dernières années (perdant 7 fois sur 10)
  • Frais de courtage cumulés sur 20 allers-retours en 10 ans
  • PFU à 30 % sur compte-titres ordinaire à chaque vente
  • Risque de manquer les meilleurs jours de bourse (souvent estivaux)
  • Impossible de timer correctement le retour sur le marché
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Notre conviction

Pour un épargnant français en 2026, suivre Sell in May relève davantage du folklore boursier que de la stratégie patrimoniale. Le coût fiscal et les frais de courtage annulent l’avantage théorique. L’effet saisonnier s’est largement résorbé. Le bon réflexe en mai, c’est de rééquilibrer son allocation, sécuriser des plus-values ciblées et poursuivre son plan d’investissement régulier. La constance bat le calendrier.

FAQ : tout ce qu’il faut savoir sur Sell in May and go away

Pourquoi les gens vendent-ils leurs actions en mai ?

Historiquement, la baisse des volumes pendant l’été a fait craindre aux investisseurs une moindre performance et une volatilité accrue. L’adage Sell in May and go away formalise cette intuition apparue au XVIIIe siècle à Londres. Aujourd’hui, cette croyance saisonnière persiste par habitude et par effet de mode médiatique chaque printemps. Pourtant elle ne repose plus sur une réalité de marché aussi marquée qu’autrefois.

Le mois de mai est-il vraiment mauvais pour le marché boursier ?

Non, mai n’est pas particulièrement mauvais en soi. C’est plutôt la période globale de mai à octobre qui affiche des performances inférieures à celle de novembre à avril. Et au sein de cette fenêtre, ce sont surtout août et septembre qui posent problème sur le CAC 40. Mai en revanche est souvent le mois des détachements de dividendes, ce qui peut au contraire rendre la période attractive.

Quel est le pire mois pour investir en Bourse ?

Sur très longue période, septembre est statistiquement le pire mois sur le S&P 500 comme sur le CAC 40, avec un rendement moyen négatif. Août talonne septembre côté CAC 40. Mais ces moyennes masquent une forte dispersion : chaque année est unique. Plusieurs mois de septembre récents (2020, 2023) ont été franchement positifs. La leçon : se baser sur une moyenne historique pour décider d’investir ou non est une stratégie risquée.

Qu’est-ce qu’un sell-off en Bourse ?

Un sell-off désigne une vague de ventes massives et rapides sur un actif ou un indice, généralement déclenchée par une mauvaise nouvelle économique, géopolitique ou financière. La pression vendeuse fait chuter brutalement les cours, parfois de plusieurs pourcents en quelques heures. Le sell-off n’a pas de calendrier : il peut survenir n’importe quand dans l’année, indépendamment de l’adage Sell in May.

Faut-il vraiment vendre toutes ses actions en mai en 2026 ?

Non, nous le déconseillons formellement. Les données récentes montrent que la stratégie ne fonctionne plus, les frais et la fiscalité annulent l’avantage théorique. Le risque de manquer un rebond estival est réel. Mieux vaut conserver une exposition actions tout en réajustant son allocation.

Existe-t-il une stratégie saisonnière qui fonctionne vraiment ?

Aucune stratégie saisonnière n’a fait ses preuves de manière robuste sur la période récente. L’effet janvier (forte performance en début d’année) s’est lui aussi largement effacé. Les approches qui résistent au temps sont d’ordre structurel : diversification, DCA, rééquilibrage, horizon long. Le calendrier est une variable secondaire, voire négligeable.

Le buy and hold est-il toujours plus performant ?

Sur longue période, la détention passive d’un indice large comme le MSCI World ou le S&P 500 a battu la quasi-totalité des stratégies actives, y compris Sell in May. C’est aussi la stratégie la moins chère en frais et en charge mentale. Pour la mettre en place, un ETF MSCI World logé dans un PEA reste le véhicule le plus efficace pour un investisseur français.

Que faire de sa trésorerie pendant l’été si on choisit malgré tout de vendre ?

Si vous décidez quand même d’appliquer l’adage, ne laissez surtout pas votre argent sur un compte courant. Privilégiez un fonds en euros d’assurance vie (rendement net autour de 2,5 %), un livret réglementé (Livret A à 3 %) ou des obligations courtes. Une trésorerie qui ne rapporte rien pendant 5 mois aggrave le coût d’opportunité de la stratégie.

L’effet existe-t-il aussi sur les SCPI ou la crypto ?

Non. Les SCPI versent des dividendes trimestriels indépendants du calendrier boursier et leur valeur de part évolue lentement. La crypto, elle, suit une saisonnalité différente, souvent liée aux cycles de halving Bitcoin plutôt qu’aux saisons. L’adage Sell in May est strictement un phénomène d’actions cotées sur les grandes places développées.

Avertissement
Cet article est une analyse indépendante à visée pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement. Faites votre propre analyse ou consultez un conseiller avant toute décision.