Le compte-titres ordinaire (CTO) est l’enveloppe boursière la plus flexible du marché français. Contrairement au PEA, il permet d’investir sur toutes les places mondiales, sur tous les types de titres, et sans plafond de versement. En contrepartie, sa fiscalité est moins avantageuse : les gains sont soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4 %. En 2026, avec la démocratisation des ETF, des actions américaines et des SPAC, le CTO redevient un outil central pour les investisseurs qui veulent compléter leur PEA. Nous vous expliquons comment il fonctionne, ce qu’il coûte fiscalement et dans quels cas il est judicieux de l’ouvrir. Pour un comparatif condensé des deux enveloppes, notre article dédié PEA ou CTO : comment choisir son enveloppe fiscale synthétise l’arbitrage.
Le compte-titres ordinaire (CTO) est une enveloppe boursière sans plafond, ouverte à tous les titres cotés (actions, ETF, obligations, produits dérivés) sur toutes les places du monde. La fiscalité par défaut est le PFU à 31,4 % (12,8 % impôt + 18,6 % prélèvements sociaux, taux en vigueur depuis le 1er janvier 2026) sur les plus-values et les dividendes. Il est complémentaire du PEA, pas concurrent : le PEA capte les actions européennes dans une enveloppe fiscalement optimisée, le CTO capte tout le reste (États-Unis, Asie, ETF non éligibles, obligations, produits complexes). Notre conseil : ouvrez un CTO uniquement après avoir saturé les 150 000 euros de versement du PEA, sauf besoin spécifique de titres hors zone Europe.
Qu’est-ce qu’un compte-titres ordinaire ?
Le compte-titres ordinaire, souvent abrégé CTO, est un compte bancaire dédié à la détention de titres financiers. Il fonctionne comme une enveloppe : vous y déposez des liquidités depuis votre compte courant, et vous les utilisez pour acheter des actions, des ETF, des obligations, des SICAV, des produits dérivés ou même des titres non cotés selon les courtiers. Le CTO n’impose aucune restriction sur la nature des titres ni sur la place de cotation.
Concrètement, un CTO se compose de deux poches indissociables : un compte espèces qui accueille les liquidités et les dividendes perçus, et un compte titres qui recense les positions ouvertes. Lorsque vous passez un ordre d’achat, le montant est débité du compte espèces et les titres apparaissent sur le compte titres. À la vente, l’inverse se produit et la plus-value ou la moins-value est calculée automatiquement.
Le CTO est proposé par la quasi-totalité des banques traditionnelles, des néobanques et des courtiers en ligne. Nous vous conseillons de privilégier les courtiers spécialisés (comme Bourse Direct ou XTB) qui pratiquent des frais bien plus bas que les banques historiques, souvent divisés par cinq à dix sur les ordres de Bourse.
Fonctionnement du compte-titres ordinaire
Qui peut ouvrir un CTO ?
Le CTO est accessible à toute personne majeure fiscalement domiciliée en France, sans condition de revenus ni de patrimoine. À la différence du PEA, il n’existe aucune limite d’un compte par personne : vous pouvez en ouvrir plusieurs simultanément chez différents courtiers pour diversifier vos plateformes ou profiter de tarifs concurrentiels selon les marchés. À noter que le CTO est également ouvert aux mineurs sous la forme d’un CTO junior, géré par les représentants légaux.
Types de titres accessibles
C’est la grande force du CTO : aucun titre coté n’en est exclu par principe. Vous y logez indifféremment des actions françaises (Total, LVMH, Sanofi), des actions américaines (Apple, Nvidia, Berkshire Hathaway), des actions asiatiques ou émergentes, des ETF de toutes zones géographiques, des obligations d’État ou d’entreprise, des SICAV, des OPCVM, des trackers à effet de levier, des produits dérivés (options, warrants, turbos), et parfois même des actions non cotées via les plateformes de crowdequity.
Plafond et durée de détention
Il n’existe aucun plafond de versement sur un CTO. Vous pouvez y investir 500 euros comme 5 millions d’euros. Il n’existe pas non plus de durée minimale de détention : vous pouvez vendre vos titres à tout moment sans pénalité, contrairement au PEA qui pénalise les retraits avant cinq ans par une clôture systématique.
Fiscalité du CTO en 2026
La fiscalité est le principal talon d’Achille du CTO. Depuis 2018, les revenus et plus-values sur valeurs mobilières sont soumis par défaut au prélèvement forfaitaire unique (PFU), aussi appelé flat tax. Depuis le 1er janvier 2026, ce taux est passé de 30 % à 31,4 %, décomposé en 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux (CSG, CRDS, prélèvement de solidarité), après une hausse de 1,4 point de la CSG.
Plus-values : le PFU de 30 % par défaut
Lorsque vous vendez un titre en réalisant une plus-value, celle-ci est taxée à 31,4 % au titre du PFU. Cette taxation intervient sur les gains nets, c’est-à-dire après déduction des moins-values éventuelles réalisées la même année. Les moins-values non compensées sont reportables pendant dix ans sur les plus-values futures.
Exemple concret : vous achetez pour 10 000 euros d’actions Nvidia en janvier 2026 et vous les revendez 15 000 euros en décembre 2026. La plus-value est de 5 000 euros. L’impôt dû sera de 5 000 × 31,4 % = 1 570 euros. Vous récupérez 13 430 euros nets, soit un rendement net de 34,3 %.
Dividendes : PFU ou barème progressif
Les dividendes suivent la même logique : PFU à 31,4 % par défaut. À noter que vous pouvez opter pour l’imposition au barème progressif de l’impôt sur le revenu si votre tranche marginale d’imposition (TMI) est faible. Cette option s’active dans votre déclaration de revenus (case 2OP) et concerne l’ensemble de vos revenus mobiliers de l’année. Elle donne alors droit à un abattement de 40 % sur les dividendes bruts, ce qui peut être plus favorable pour les foyers avec une TMI à 0 % ou 11 %.
Option pour le barème progressif : quand est-ce judicieux ?
Prenons le cas d’un contribuable célibataire avec une TMI à 11 %. Il touche 3 000 euros de dividendes en 2026. Deux scénarios :
- PFU par défaut : 3 000 × 31,4 % = 942 euros d’imposition totale.
- Barème progressif : abattement 40 %, soit assiette de 1 800 euros. Impôt = 1 800 × 11 % = 198 euros. Prélèvements sociaux 18,6 % sur 3 000 = 558 euros. Total : 756 euros.
L’option barème économise 186 euros. Elle devient perdante à partir d’une TMI de 30 %. Nous vous conseillons de simuler chaque année ce choix avant de valider votre déclaration, car il engage tous vos revenus mobiliers.
Déclaration : l’IFU envoyé par votre courtier
Chaque année, votre courtier vous adresse un Imprimé Fiscal Unique (IFU) qui récapitule les plus-values, les dividendes et les prélèvements déjà opérés. Ces montants sont préremplis dans votre déclaration en ligne. Il convient de vérifier la cohérence avec vos propres relevés, car les erreurs, notamment sur les titres étrangers, sont fréquentes.
CTO ou PEA : le tableau comparatif détaillé
La question qui revient systématiquement chez les investisseurs français : faut-il ouvrir un CTO ou un PEA ? La réponse n’est pas binaire, les deux enveloppes sont complémentaires. Voici les différences structurelles à connaître.
| Critère | Compte-titres ordinaire (CTO) | Plan d’Épargne en Actions (PEA) |
|---|---|---|
| Plafond de versement | Aucun | 150 000 euros (PEA classique), 225 000 euros (PEA + PEA-PME) |
| Nombre par personne | Illimité | Un seul par contribuable |
| Titres éligibles | Tous : actions monde, ETF monde, obligations, dérivés, non coté | Actions et ETF de sociétés dont le siège est en Union européenne ou EEE |
| Fiscalité plus-values | PFU 31,4 % dès le premier euro | Exonération d’IR après 5 ans, prélèvements sociaux 17,2 % uniquement |
| Fiscalité dividendes | PFU 31,4 % ou barème sur option | Exonérés d’IR à la sortie après 5 ans, prélèvements sociaux 17,2 % |
| Retrait avant 5 ans | Aucune conséquence | Clôture obligatoire du plan |
| Report de moins-values | Oui, sur 10 ans | Uniquement contre plus-values du plan, non transférable |
| Éligibilité mineurs | Oui (CTO junior) | Oui, PEA jeunes plafonné à 20 000 euros (voir notre article dédié) |
À noter que le PEA a été renforcé par la loi PACTE : après cinq ans de détention, les retraits ne clôturent plus le plan, et vous continuez à bénéficier de l’exonération d’impôt sur le revenu. En revanche, sa contrainte géographique (Union européenne uniquement pour les actions en direct) reste un frein majeur pour ceux qui visent le S&P 500, le Nasdaq ou les marchés émergents.
Cas concret : investir 30 000 euros sur 10 ans
Prenons un investisseur qui place 30 000 euros sur un ETF mondial et le conserve 10 ans, avec une performance annualisée hypothétique de 7 %. Le capital final atteint 59 015 euros, soit une plus-value de 29 015 euros. Deux fiscalités possibles à la sortie :
- Via un CTO : 29 015 × 31,4 % = 9 111 euros d’imposition. Capital net : 49 904 euros.
- Via un PEA (ETF éligible PEA) : 29 015 × 17,2 % = 4 991 euros (prélèvements sociaux uniquement). Capital net : 54 024 euros.
Le PEA offre ici 4 120 euros de gain fiscal supplémentaire, soit environ 8,2 % de rendement net additionnel sur 10 ans. Concrètement, cela signifie qu’à horizon long, le PEA écrase le CTO quand les titres visés sont éligibles.
Saturez d’abord le PEA (150 000 euros) avec des ETF World synthétiques éligibles PEA (Amundi PEA MSCI World, BNP Paribas Easy MSCI World). N’ouvrez le CTO qu’ensuite, ou en parallèle uniquement pour les titres impossibles à loger dans le PEA (actions américaines en direct, ETF thématiques non éligibles, obligations, or). C’est la répartition qui minimise l’imposition sur le long terme.
Avantages et inconvénients du CTO
Avantages
- Aucun plafond de versement, adapté aux gros patrimoines
- Accès universel : actions monde entier, ETF, obligations, dérivés, non coté
- Retrait libre à tout moment, sans pénalité fiscale
- Possibilité d’ouvrir plusieurs CTO chez différents courtiers
- Report des moins-values sur 10 ans, très utile en phase de correction
- Convient aux stratégies actives, aux dérivés et à l’investissement thématique
Inconvénients
- Fiscalité lourde : PFU 31,4 % dès le premier euro de plus-value (taux 2026)
- Pas d’exonération d’impôt sur la durée, à l’inverse du PEA
- Frais de courtage souvent plus élevés dans les banques traditionnelles
- Complexité déclarative sur les titres étrangers (retenue à la source, conventions fiscales)
- Pas d’abattement automatique en cas de succession, contrairement à l’assurance-vie
Comment ouvrir un compte-titres ordinaire en 2026
L’ouverture d’un CTO se fait en quelques minutes en ligne. Il vous faut une pièce d’identité, un justificatif de domicile récent et un RIB. Le courtier vous fait signer une convention d’ouverture ainsi qu’un questionnaire MIF II qui évalue votre profil de risque et vos connaissances financières. Ce questionnaire est obligatoire depuis 2018 pour tous les prestataires financiers européens.
Quels critères pour choisir son courtier ?
Les frais font toute la différence sur la durée. Un ordre à 15 euros au lieu de 1,50 euro représente un écart de 90 % sur des opérations répétées. Nous vous conseillons de comparer quatre postes :
- Les frais d’ordre : forfait fixe ou pourcentage du montant, avec un plancher souvent situé entre 0,99 euro et 9,90 euros selon le courtier.
- Les frais de tenue de compte : souvent nuls chez les courtiers en ligne, présents chez les banques (de 25 à 60 euros par an).
- Les frais de change : pour les actions cotées hors zone euro, ce poste peut atteindre 0,25 % à 0,50 % par transaction. Nvidia ou Apple achetées via un courtier low-cost coûtent moitié moins cher qu’en banque.
- Les frais de dividende étranger : certains courtiers ponctionnent 1 à 2 euros par ligne détenue au moment du versement des dividendes US.
CTO en banque, en néobanque ou chez un courtier ?
La banque traditionnelle reste le choix le plus rassurant pour les débutants qui veulent tout centraliser au même endroit. Elle est aussi la plus chère. Les courtiers en ligne français (Bourse Direct, Fortuneo, Boursorama Banque) offrent un compromis : frais modérés, plateforme sérieuse et service client francophone. Les courtiers spécialisés étrangers (XTB, Interactive Brokers, Trade Republic) proposent les frais les plus bas et l’univers d’investissement le plus large, mais imposent une déclaration fiscale à faire soi-même. Nous vous conseillons de vérifier systématiquement que le courtier est agréé par l’AMF ou par un régulateur européen équivalent avant tout dépôt.
Nos conseils d’utilisation du CTO
Le CTO n’est pertinent que si vous l’utilisez pour ce que le PEA ne peut pas faire. Ouvrir un CTO pour y loger des ETF World éligibles PEA revient à payer une fiscalité doublée sans aucune contrepartie. Nous vous recommandons de réserver le CTO à quatre usages précis :
- Actions américaines en direct : les GAFAM, les valeurs de croissance US, les REITs américains ne peuvent pas être logés dans un PEA. Notre article sur les ETF Nasdaq 100 détaille l’alternative synthétique éligible PEA si vous voulez rester exonéré.
- ETF thématiques non éligibles : ETF Bitcoin spot, ETF sectoriels US, ETF émergents en direct. Voir notre analyse dédiée aux ETF Bitcoin en France.
- Après saturation du plafond PEA : une fois les 150 000 euros de versement atteints, le CTO devient la seule enveloppe disponible pour continuer à investir en Bourse.
- Trading actif ou produits dérivés : options, warrants, turbos, produits à effet de levier, le PEA ne les autorise pas.
Contrairement à l’assurance-vie, le CTO n’offre aucun abattement spécifique en cas de succession. Les titres sont réintégrés dans l’actif successoral et taxés au barème des droits de mutation (jusqu’à 45 % en ligne directe). Si l’objectif est la transmission, il convient de combiner le CTO avec une enveloppe assurance-vie ou une donation en démembrement (voir notre guide du démembrement).
Foire aux questions
Peut-on avoir plusieurs comptes-titres ordinaires ?
Oui, un contribuable peut ouvrir autant de CTO qu’il le souhaite, dans autant d’établissements différents. C’est une différence fondamentale avec le PEA, limité à un par personne. Cette latitude permet de tirer parti des tarifs spécifiques à chaque courtier selon les marchés visés.
Le PFU de 30 % est-il obligatoire sur un CTO ?
Non. Le PFU s’applique par défaut, mais vous pouvez opter pour l’imposition au barème progressif de l’impôt sur le revenu via la case 2OP de votre déclaration. Cette option est globale, elle engage tous vos revenus mobiliers de l’année. Elle est judicieuse pour les foyers dont la tranche marginale d’imposition est inférieure ou égale à 11 %.
Peut-on transférer un CTO d’un courtier à un autre ?
Oui, le transfert est possible et il conserve l’antériorité des prix d’achat, ce qui est essentiel pour le calcul futur des plus-values. La procédure prend souvent trois à huit semaines. Certains courtiers remboursent les frais de transfert facturés par l’ancien établissement, il convient de vérifier cette prise en charge avant d’initier la démarche.
Comment déclarer un CTO ouvert chez un courtier étranger ?
Vous devez déclarer chaque année l’existence du compte via le formulaire 3916-3916 bis, en même temps que votre déclaration de revenus. L’oubli de cette formalité est sanctionné par une amende de 1 500 euros par compte non déclaré, portée à 10 000 euros si le compte est domicilié dans un pays sans convention fiscale avec la France.
Le CTO est-il pertinent pour un débutant ?
Pour un débutant qui investit essentiellement sur des ETF mondiaux ou européens, le PEA est presque toujours préférable : même univers d’investissement via des ETF World synthétiques éligibles, et une fiscalité bien plus douce après cinq ans. Le CTO devient pertinent seulement quand le débutant veut acheter des actions américaines en direct, ou après saturation du PEA.
Quels sont les frais moyens d’un CTO en 2026 ?
Chez un courtier en ligne français, comptez entre 0,99 et 2,50 euros par ordre pour la Bourse de Paris et entre 5 et 15 euros pour les places étrangères. Les banques traditionnelles pratiquent des tarifs souvent trois à cinq fois supérieurs. À noter que Trade Republic propose un tarif unique d’un euro par ordre, quel que soit le marché, ce qui en fait l’un des courtiers les plus compétitifs pour l’investissement passif.


