En France, les plus-values sur cryptomonnaies réalisées par un particulier sont soumises au PFU (flat tax) de 30 %, applicable dès qu’une conversion en euros ou en un bien s’opère. Le seuil de non-déclaration est fixé à 305 € de cessions imposables dans l’année. Chaque cession est à détailler sur le formulaire 2086, et les comptes ouverts sur Binance, Kraken, Coinbase ou toute plateforme étrangère doivent figurer sur le formulaire 3916-BIS. Le simple échange crypto contre crypto reste, lui, hors du champ de l’impôt.
La fiscalité des cryptomonnaies fait partie des sujets où l’on voit fleurir le plus d’approximations. Nous vous proposons ici un décryptage clair, chiffré et à jour pour la déclaration 2026 sur revenus 2025, avec la mécanique du PFU, la méthode de calcul de la plus-value imposable, les formulaires à joindre et les pièges à éviter. Que vous ayez arbitré 300 € ou 30 000 € de bitcoins l’an dernier, la logique est la même – seuls le volume et le nombre de lignes changent.
Le principe : PFU 30 % sur les gains de cryptos
Depuis la loi de finances 2019 et son article 150 VH bis du Code général des impôts (CGI), les plus-values de cession d’actifs numériques réalisées par un particulier dans le cadre de la gestion de son patrimoine relèvent d’un régime unique. Concrètement, elles sont soumises au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %, communément appelé flat tax. Ce taux se décompose ainsi :
- 12,8 % d’impôt sur le revenu ;
- 17,2 % de prélèvements sociaux (CSG, CRDS, prélèvement de solidarité).
Depuis la loi de finances 2022, un contribuable peut, s’il y a intérêt, opter pour l’imposition au barème progressif de l’impôt sur le revenu à la place du taux forfaitaire de 12,8 %. Les 17,2 % de prélèvements sociaux restent, eux, dus dans tous les cas. L’option se coche à la case 3CN de la déclaration 2042-C. À noter que cette option est globale : elle s’applique à l’ensemble de vos revenus de capitaux mobiliers, pas uniquement à vos cryptos.
Le fait générateur de l’impôt, c’est la sortie de l’univers crypto : conversion en euros (ou toute monnaie ayant cours légal), achat d’un bien ou d’un service payé en cryptomonnaie, ou versement à un tiers en fiat. À l’inverse, un simple échange crypto contre crypto (BTC contre ETH, ETH contre USDT, etc.) est hors champ de l’impôt tant que la contrepartie reste un actif numérique. Vous pouvez donc arbitrer votre portefeuille sans déclencher d’imposition, à condition de rester dans l’écosystème.
Le seuil de 305 € : ce qui déclenche vraiment l’obligation
La loi prévoit une franchise de 305 € annuels de cessions imposables (article 150 VH bis, V du CGI). Attention à la formulation : il ne s’agit pas d’un seuil de 305 € de plus-value, mais de 305 € de montant total des cessions réalisées sur l’année civile. Si le cumul de vos ventes vers l’euro (ou vers un bien) dépasse ce plancher, la totalité de la plus-value nette devient imposable dès le premier euro. En pratique, ce seuil est franchi rapidement : un simple retrait de 400 € vers votre compte bancaire vous fait basculer.
Retenez que l’obligation déclarative des comptes détenus à l’étranger (formulaire 3916-BIS) est, elle, indépendante de ce seuil. Même sans avoir cédé un satoshi, si vous avez ouvert ou détenu un compte sur Binance, Kraken, Bitstamp, KuCoin ou toute plateforme domiciliée hors de France, vous devez le déclarer.
Calculer sa plus-value imposable : la formule à connaître
La formule de la plus-value cryptos n’a rien d’intuitif. Elle repose sur la valeur du portefeuille au jour de la cession, et non sur le prix d’acquisition ligne à ligne comme en bourse. Voici la formule officielle :
Formule légale (article 150 VH bis)
Plus-value = Prix de cession − [Prix total d’acquisition × (Prix de cession / Valeur globale du portefeuille au jour de la cession)]
Autrement dit, chaque cession consomme une fraction proportionnelle de votre prix de revient global. Illustrons avec un cas concret.
Exemple chiffré : Marie cède 3 000 € de bitcoin
Marie a acheté au fil du temps 10 000 € de bitcoins et 5 000 € d’ethereum, soit un prix total d’acquisition de 15 000 €. En septembre 2025, la valeur totale de son portefeuille (BTC + ETH) atteint 25 000 €. Elle décide de convertir 3 000 € de bitcoins en euros pour un projet immobilier.
Application de la formule :
Prix de cession : 3 000 €
Prix total d’acquisition du portefeuille : 15 000 €
Valeur globale du portefeuille au jour de la cession : 25 000 €
Prix de revient de la cession : 15 000 × (3 000 / 25 000) = 1 800 €
Plus-value imposable : 3 000 − 1 800 = 1 200 €
Marie paiera donc 30 % × 1 200 € = 360 € d’impôt au titre de cette cession (dont 154 € de prélèvements sociaux et 154 € d’impôt sur le revenu au taux forfaitaire, plus 52 € liés à l’arrondi CSG). Il est impératif de tenir un fichier de suivi précis, car la Direction générale des Finances publiques (DGFiP) peut demander le détail de chaque calcul sur les trois exercices précédents.
Tableau récapitulatif : ce qui est imposé, ce qui ne l’est pas
| Opération | Imposable ? | Taux applicable |
|---|---|---|
| Vente de BTC contre euros | Oui | PFU 30 % |
| Achat de bien avec crypto | Oui | PFU 30 % |
| Échange BTC contre ETH (ou stablecoin) | Non | Hors champ |
| Staking (rendement passif) | Oui, à la cession | PFU 30 % |
| Minage (activité) | Oui, à réception | BNC (barème IR) |
| Airdrop reçu sans contrepartie | Oui, à la cession | PFU 30 % |
| Détention passive (HODL) | Non | Hors champ |
| Trading professionnel (fréquent, sophistiqué) | Oui | BIC (barème IR) |
Formulaire 2086 : mode d’emploi
Le formulaire 2086, dédié à la déclaration des cessions d’actifs numériques, doit être joint à votre déclaration principale 2042. Il se remplit en ligne uniquement, dans votre espace impots.gouv.fr, section « Annexes ». Chaque cession doit y figurer avec :
- la date de l’opération ;
- le prix de cession en euros ;
- la valeur globale du portefeuille au jour de la cession ;
- le prix total d’acquisition du portefeuille ;
- le montant de la plus ou moins-value nette de la cession.
Le total des plus-values calculées sur le 2086 se reporte ensuite en case 3AN de la 2042-C (case 3BN pour les moins-values imputables). Attention : les moins-values de cession d’actifs numériques ne sont imputables que sur les plus-values de même nature de l’année. Elles ne sont ni reportables sur les années suivantes, ni imputables sur d’autres catégories de revenus. Une contrainte plus stricte qu’en bourse, où les moins-values sont reportables 10 ans.
Formulaire 3916-BIS : ne l’oubliez pas
Toute personne fiscalement domiciliée en France doit déclarer les comptes d’actifs numériques ouverts, détenus, utilisés ou clos à l’étranger via le formulaire 3916-BIS, à joindre à la déclaration annuelle. La sanction est particulièrement dissuasive : 750 € d’amende par compte non déclaré, portée à 1 500 € si la valeur du compte a dépassé 50 000 € à un moment de l’année. Les principales plateformes concernées :
- Binance (siège aux Îles Caïmans / Malte selon les entités) ;
- Kraken (États-Unis) ;
- Coinbase (États-Unis, sauf Coinbase France qui est en France) ;
- Bitstamp (Luxembourg) ;
- Bitpanda (Autriche) ;
- KuCoin, Bybit, OKX, etc.
À l’inverse, les plateformes agréées PSAN en France (Coinhouse, Meria, Trade Republic pour ses services crypto en France, StackinSat, etc.) ne relèvent pas de cette obligation puisqu’elles sont domiciliées en France. Un doute ? Vérifiez la rubrique « À propos » ou les CGU de la plateforme.
Cas particuliers : staking, minage, airdrops, NFT
Staking et lending
Les récompenses de staking et les intérêts perçus via des protocoles de lending sont considérés comme un accroissement du patrimoine crypto. Ils ne sont pas imposés à la réception, mais leur valeur en euros au moment de la perception vient s’ajouter au prix d’acquisition global du portefeuille – et donc modifier la formule de calcul de la plus-value à chaque cession ultérieure.
Minage
Le minage relève, lui, du régime des bénéfices non commerciaux (BNC), imposés au barème progressif. La valeur des cryptos reçues est à intégrer au revenu de l’année de perception, quel que soit leur usage futur. Le régime micro-BNC s’applique jusqu’à 77 700 € de recettes annuelles, avec un abattement forfaitaire de 34 %.
Airdrops et forks
Un airdrop reçu sans contrepartie n’est pas imposable à la réception. Il rejoint votre portefeuille avec un prix d’acquisition de zéro, ce qui augmente mécaniquement la plus-value future lors de la revente. En revanche, un airdrop conditionné à une action précise (test d’un protocole, participation à une campagne) pourrait être requalifié en BNC.
NFT
La fiscalité des NFT n’est pas encore alignée sur celle des actifs numériques stricto sensu. La doctrine fiscale considère qu’un NFT est imposé selon la nature du sous-jacent : œuvre d’art (régime de l’article 150 UA du CGI, plus-value sur biens meubles), ou actif numérique (PFU 30 %) selon les cas. Un point qui reste à clarifier via la loi de finances 2026.
Trading professionnel : basculement en BIC
Un investisseur particulier peut être requalifié en trader professionnel si l’administration considère que son activité relève d’une gestion habituelle et sophistiquée. Les critères retenus par le Conseil constitutionnel (décision QPC 2018-668) sont notamment :
- la fréquence élevée des transactions ;
- l’utilisation d’outils professionnels (bots, algorithmes, effet de levier) ;
- le volume important en capital et en nombre d’opérations ;
- l’exercice à titre habituel plutôt que ponctuel.
Dans ce cas, les gains basculent en bénéfices industriels et commerciaux (BIC), imposés au barème progressif de l’IR + prélèvements sociaux, avec obligation de tenir une comptabilité et de s’immatriculer. Le régime micro-BIC s’applique jusqu’à 188 700 € de chiffre d’affaires, avec un abattement forfaitaire de 71 %.
Avantages et inconvénients du PFU pour les cryptos
Avantages
- Taux fixe et prévisible à 30 %, quel que soit votre TMI
- Franchise de 305 € qui exonère les toutes petites cessions
- Neutralité fiscale des échanges crypto contre crypto
- Option barème IR possible si votre TMI est inférieur à 11 %
- Aucune imposition tant que vous ne sortez pas vers le fiat
Inconvénients
- Formule de calcul complexe fondée sur la valeur globale du portefeuille
- Moins-values non reportables sur les années suivantes
- Obligation stricte de déclarer chaque cession sur le formulaire 2086
- Amende salée de 750 € par compte étranger non déclaré (3916-BIS)
- Risque de requalification BIC pour les traders actifs
Les erreurs qui coûtent cher
1. Oublier le 3916-BIS. C’est de loin la sanction la plus fréquente. 750 € par compte, même sans cession.
2. Confondre 305 € de cession et 305 € de plus-value. Le seuil porte sur le montant vendu, pas sur le gain.
3. Négliger la valeur globale du portefeuille lors de chaque cession, ce qui fausse tous les calculs.
4. Reporter une moins-value crypto sur l’année suivante. Impossible, elle est perdue si elle n’est pas absorbée dans l’année.
5. Ne pas conserver les justificatifs. La DGFiP peut demander les screenshots et exports d’exchanges sur les trois années précédentes.
Notre avis d’expert
Le régime français des cryptomonnaies est, pour un investisseur particulier, l’un des plus lisibles d’Europe. Un taux unique de 30 %, une franchise de 305 €, et surtout la neutralité fiscale des arbitrages internes au portefeuille : trois avantages que peu de fiscalités concurrentes offrent. Nous vous conseillons de tirer parti de cette neutralité pour rééquilibrer votre allocation crypto sans coût fiscal, en réservant les sorties vers l’euro aux besoins de liquidité réels.
À l’inverse, le formalisme déclaratif reste lourd. Notre recommandation : centraliser vos opérations sur deux ou trois plateformes maximum, utiliser un outil de suivi type Waltio, Koinly ou Divly pour générer automatiquement le 2086, et déclarer sans faute chaque compte étranger. Le jeu n’en vaut pas la chandelle : 750 € d’amende pour un simple oubli, c’est le rendement d’un an de staking sur 15 000 € de portefeuille. Concrètement, cela signifie qu’un contribuable rigoureux paie 30 % sur ses gains ; un contribuable négligent finit par en payer bien davantage à cause des pénalités.
Enfin, gardez à l’esprit que la fiscalité crypto est un chantier en évolution permanente. La loi de finances 2026 pourrait apporter de nouveaux ajustements, notamment sur les NFT et sur les revenus de DeFi. Il convient de vérifier chaque année la doctrine BOFiP en vigueur avant de finaliser sa déclaration.
FAQ : vos questions sur la fiscalité crypto
Quand faut-il déclarer ses cryptomonnaies ?
La déclaration s’effectue chaque année, entre avril et juin, au titre des revenus de l’année précédente. Pour la déclaration 2026, ce sont les cessions réalisées entre le 1er janvier et le 31 décembre 2025 qui sont concernées. Les dates limites varient selon votre département et le mode (papier ou en ligne).
Comment déclarer si je n’ai jamais vendu de cryptos ?
Si vous n’avez fait aucune cession vers l’euro ou vers un bien pendant l’année, vous n’avez pas de plus-value à déclarer. En revanche, si vous détenez un compte sur une plateforme étrangère (Binance, Kraken, etc.), le formulaire 3916-BIS reste obligatoire, même sans mouvement.
Les échanges entre cryptos sont-ils imposables ?
Non. L’échange d’une cryptomonnaie contre une autre, y compris contre un stablecoin (USDT, USDC, DAI), est considéré comme un simple arbitrage interne au portefeuille et reste hors champ de l’impôt tant que vous ne convertissez pas en euros ou en un bien.
Que se passe-t-il si j’oublie de déclarer un compte Binance ?
L’amende est de 750 € par compte non déclaré, portée à 1 500 € si la valeur du compte a dépassé 50 000 € à un moment de l’année. Le délai de reprise de l’administration fiscale est de 10 ans pour les avoirs non déclarés à l’étranger – contre 3 ans en régime normal.
Comment sont taxées les récompenses de staking ?
Les récompenses de staking d’un particulier ne sont pas imposées à la réception. Elles augmentent le prix total d’acquisition de votre portefeuille (valorisé en euros au moment de la perception), et sont imposées à la cession ultérieure au taux du PFU (30 %), intégrées à la formule globale du 2086.
Peut-on déduire les frais de transaction et de bourse ?
Oui. Les frais de courtage, de retrait ou de conversion sont déductibles du prix de cession dès lors qu’ils sont directement liés à l’opération. Conservez toutes les factures et exports d’historique de la plateforme pour justifier ces déductions en cas de contrôle.
Le PFU s’applique-t-il aussi aux NFT ?
La doctrine n’est pas encore stabilisée. Un NFT peut être traité comme un actif numérique (PFU 30 %) ou comme un bien meuble (régime des plus-values sur biens meubles, article 150 UA du CGI). Nous vous conseillons de conserver le détail de chaque opération et d’attendre une position claire du BOFiP avant de qualifier définitivement chaque cession.


